L’aventure prend fin

Bonjour à tous,

Il y a des mois dans l’année plus chargés que d’autres. On pense souvent à septembre mais juin n’est pas mal non plus. L’année 2014 n’a pas fait exception. Nous avons reçu la visite de mes parents et j’ai aussi dû précipiter certaines démarches car je retourne en France plus tôt que prévu. Nos permis de travail et d’études se terminant bientôt, j’ai jugé bon de me pencher sur la recherche d’emploi en France. J’ai alors trouvé un emploi à Nantes, je débute très bientôt et dois donc quitter notre cher Québec plus tôt que prévu. Adrien, quant à lui, a un retour prévu fin octobre. Nous allons devoir nous séparer quelques temps.

Cette semaine a été ponctuée de « au revoir », de pots de départ et de bisous donnés à ceux que j’ai rencontrés ici. Elle a été si intense que je n’arrive pas à mesurer ce qui se passe.

Je pars cependant le cœur léger, ravie de mon expérience ici et ravie de retrouver la France.

J’ai visité ce que je voulais visiter, j’ai découvert le Québec sous tous ses aspects (printemps-été-automne-hiver), j’ai rencontré de formidables personnes et amis.

J’ai hâte de voir ce que nos nouveaux projets nous réservent et je remercie tous ceux qui ont contribué à notre bien-être ici et qui ont fait de cette aventure une expérience inoubliable !

 

 

La schizophrénie québécoise

J’appelle schizophrénie québécoise les changements radicaux d’habitudes de vie entre l’hiver et l’été.

Vivre au Québec c’est avoir deux vies différentes dans une année. Une première vie où tu ne sors que de temps en temps, où tu mets du temps à t’habiller, où tu traînes un peu les pieds avant de sortir, où tu as envie de te coucher à 19 h car il fait déjà nuit depuis trois heures. C’est aussi une vie pendant laquelle la nature s’endort, les lacs gèlent et se recouvrent d’une belle couche blanche.

Puis vient le temps des feuilles dans les arbres, des bières en terrasse, des festivals et des shorts. On pourrait même parler du festival du short ! Les jeunes filles ont une propension énorme à porter le short ici. Pour tout vous dire, c’est surtout Adrien qui me l’a fait remarquer. Je ne sais pas si je dois y voir une forme de reluquage de cuisses de sa part ou bien la volonté que j’en porte plus moi-même; quoi qu’il en soit le short est toujours très à la mode ici, à l’aube de notre troisième période estivale passée à Sherbrooke.

Cette schizophrénie concerne donc tout le monde, y compris Dame Nature. Un coup le lac est gelé sur des mètres de profondeur, un mois après il fond et deux mois plus tard on s’y baigne. Cette transition est d’autant plus incroyable qu’elle est rapide.

Le premier dimanche de juin nous avons donc rejoint nos amis Yoann et Aurélie qui viennent d’acheter une maison au bord du lac Magog pour une session de paddle. Au grand dam de nos amis nous ne sommes pas tombés dans l’eau. De toute façon ça n’aurait pas été très grave puisque l’eau est déjà à 19 ou 20°C. Incroyable mais vrai !

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PS : toi non plus tu ne t’attendais pas à voir des photos de paddle dans un article intitulé de la sorte?!

Un petit tour au centro

Il y a peu, j’ai été sollicitée par mon travail pour parcourir le centre-ville et y prendre des photos. Comme je suis quelqu’un d’extrêmement prévoyant et organisé (ahem), j’ai conservé ces photos et me suis dit qu’un petit article sur le centre-ville de Sherbrooke s’imposait.

Pour vous parler franchement, les trois premiers jours de notre arrivée à Sherbrooke nous avons cherché le centre-ville alors même que nous nous y trouvions. Mais ce n’est pas parce que nous sommes débiles. J’ai parlé avec bon nombre de français depuis et ils ont eu la même réaction les trois premiers jours. Puis, quand j’ai constaté qu’il n’y avait ni Sephora, ni Mango, ni Zara j’ai eu envie de pleurer. Mais rassurez-vous j’ai vite ravalé ma fièvre acheteuse et nous avons tous les deux ravalé notre conception européenne des centres-villes. Pour la faire simple, un centre-ville européen c’est rond, plein de cafés, plein de boutiques (comme Sephora, Mango ou Zara) et souvent plein de lignes de bus, tramway voire métro. Un centre-ville nord-américain est bien plus étalé, bien moins concentrique et bien moins achalandé. Nous avons dû nous y faire car nos imaginaires sont ceux d’européens et nous ne connaissions pas cet aménagement urbain.

(Je précise que j’ai volontairement utilisé le mot « achalandé » qui se dit beaucoup au Québec et qui semble ringard en France mais je n’ai pas trouvé de mot plus adéquat ici qui satisfasse de façon égale les deux principales nationalités lectrices de ce blog.)

Passés les trois jours de pleurs et de manque compulsif envers Sephora, Zara et Mango (!), j’ai appris à découvrir le centre-ville et à l’aimer. Et comme j’y travaille je le découvre tous les jours sous un autre aspect, je découvre des nouvelles boutiques et restos qui s’y implantent. Et les terrasses, au printemps et à l’été, y sont très agréables !

Voici donc quelques photos de notre centre-ville qui ne laisse jamais indifférent.

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Au fond le séminaire de Sherbrooke, une institution d'enseignement privé.

Au fond le séminaire de Sherbrooke, une institution d’enseignement privé.

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La rue Wellington sud.

La rue Wellington sud.

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Lettre à mes copains de promo

Chers copains de promo, ceux que je côtoie encore, ceux que j’ai perdus de vue, ceux dont je connais le surnom, ceux avec qui j’ai fait la fête, ceux avec qui j’ai révisé, ceux qui sont loin de moi, ceux qui sont proches, ceux qui m’ont soutenue, ceux qui ont habité avec moi, ceux qui m’ont appris les choses de la vie, ceux qui m’ont fait rire, danser, chanter et tous les autres, chers amis,

dimanche après-midi, à 14 h heure de Montréal, 20 h heure de Paris, j’ai lancé le streaming de BFM TV, j’ai organisé ma journée, mes repas, mes activités de façon à être à l’heure pour la grand messe; à savoir la soirée électorale. C’est dans mes habitudes, je les regarde toutes. Quoi qu’il arrive.

J’aime les soirées électorales. J’aime l’adrénaline des QG de campagne, les envoyés spéciaux, les coups de gueule, les baromètres, les sondages Ipsos et CSA, j’aime le décompte avant 20 h, les mines inquiètes et les cris de joie. J’ai toujours aimé ça; d’aussi loin que je me souvienne. C’est comme si j’y étais, au QG. Je trépigne d’impatience, j’ai le trémolo dans la voix, la gorge sèche, un nœud au ventre jusqu’à 20 h : heure du grand dévoilement.

Pour une première fois en 2002, le soir du 21 avril, cette adrénaline alors si bien contenue a explosé dans une déferlante de larmes et de frissons. 14 ans. J’avais juste 14 ans. Pour la première fois, j’ai eu honte et peur à la fois. Puis j’ai eu tant d’émotions que j’ai été avec ma mère jusqu’à la mairie : voir des amis, troquer l’angoisse contre un câlin, une tape sur l’épaule, un bisou tendre de gens comme moi qui avaient peur et honte. Ce soir là tout ce qu’on a souhaité, à l’ado de 14 ans que j’étais, c’était de ne plus jamais avoir à revivre ça : l’expression d’une frange massive de la population faisant le choix de l’extrémisme, du repli et de l’obscurantisme.

Mais 12 ans ont passé et dimanche, à l’heure de la grand messe, j’étais dans un autre pays que le mien. Loin de mes copains de promo. Loin de ceux qui m’avaient fait un câlin le 21 avril 2002 et aussi loin de réussir à croire ce qu’on disait à la télé.

Dimanche, les larmes candides de mes 14 ans ont été remplacées par un état de choc. L’adulte que je suis devenue, qui peut voter, n’a pas encaissé le choc comme il fallait. Pas par faiblesse, mais par refus. Je veux conserver cet état de choc et ce malaise pour ne pas oublier. On nous dit que c’est la démocratie, que les électeurs ont parlé, que c’est « comme ça ». Moi, je refuse de faire avec. Je refuse de me plier à cette démocratie intraduisible et à ce choix qui n’est pas celui de la conviction.

Dimanche dernier, à l’heure de la grand messe, j’aurais aimé les avoir à côté de moi ces copains de promo. Ceux dont le débat me rassure, ceux dont la vivacité manque à mes vendredis soirs, ceux dont l’humour me surprend chaque fois, ceux dont les convictions me font croire que l’obscurantisme et la fermeture d’esprit n’ont pas leur place dans  cette Europe qu’il nous appartient de peupler de petits êtres vivants, candides, ouverts, généreux, tolérants et optimistes.

 

 

Une amie québécoise m’a envoyé ce lien dimanche soir. A ajouter dans votre playlist : à la suite des Béruriers Noirs, Saez, Noir Désir, Philippe Katerine et Benjamin Biolay.

 

 

 

Go Habs go !

Je vous l’avais déjà rappelé dans un article il y a quelques mois, le hockey ici c’est le sport national. Et en ce moment, ça prend plutôt des allures de religion. Au début, nous ne suivions pas trop les matches car on ne se sentait pas très concernés. Puis il est vite devenu difficile de contourner la chose. Il est question de hockey partout : au fitness, au restaurant, à la télé, à la radio, dans les magasins, au bureau, et ce durant toutes les séries éliminatoires. Alors nous aussi, nous avons rejoint le camp des supporteurs. Et d’ailleurs, le hasard fait bien les choses car l’équipe des canadiens de Montréal est aussi appelée les tricolores. Alors d’un « allez les bleus » à « go habs go » il n’y a qu’un petit pas !

Voici un petit résumé du championnat et des règles de ce sport aussi spectaculaire que rassembleur.

Les canadiens de Montréal (l’équipe de Montréal, donc) est actuellement en demi-finale contre les Rangers de New-York dans le cadre de la coupe Stanley. Celle-ci est le trophée que reçoit le gagnant du championnat d’Amérique du Nord dans la ligue nationale de hockey.

Bon, moi je ne comprends pas trop pourquoi ça s’appelle ligue nationale de hockey alors qu’elle regroupe aussi bien des équipes canadiennes que des équipes américaines, mais c’est comme ça. Je trouve ça plutôt intéressant d’avoir deux pays dans une même ligue. Ensuite, pour la faire simple, chaque côté du continent américain s’affronte et, à la fin, le meilleur de l’ouest rencontre le meilleur de l’est dans un duel au sommet pour la coupe Stanley. Sauf que, là encore, je ne comprends pas tout parce qu’ils ont mis Chicago dans l’ouest alors que chacun sait que Chicago c’est pas super à l’ouest, mais bon. Peut-être que le soir où ils ont décidé qui serait à l’ouest et qui serait à l’est ils fêtaient un match et n’avaient plus les idées très claires…

Les joueurs de hockey c’est pas des chochottes. D’une part, on dirait un peu du rugby sur glace tant, parfois, leurs plaquages tête contre vitre sont impressionnants. D’autre part, quand les joueurs rencontrent une équipe, ils le font en série éliminatoire. Ce qui veut dire qu’ils s’affrontent pour plusieurs matches tous les deux jours jusqu’à avoir un gagnant. Le gagnant c’est celui qui arrive à 4 matches gagnés face à l’adversaire. Donc ça s’arrête à un minimum de 4 matches s’il y a 4-0 ou un maximum de 7 matches s’il y a 4-3.

On n’est pas rendu à la finale comme dirait l’autre. Car si les canadiens veulent prétendre au titre, ils doivent battre New-York au terme de la série éliminatoire dans laquelle ils se trouvent actuellement puis ils devront à nouveau faire une série éliminatoire contre Chicago ou Los Angeles. Bon, tu me suis ou t’es perdu ?

Cela dit, les canadiens ont perdu leur premier match contre New-York 2 à 7. Et le bien-aimé Carey Price, goal de l’équipe montréalaise s’est blessé. Celui que l’on surnomme Jesus Price sera absent de toute la série contre New-York. Alors ça part mal pour le Canadien mais on croise les doigts et que le meilleur gagne !

 

Sherbrooke-les-flots

Depuis notre arrivée au Québec, nous avons la chance d’expérimenter des activités nouvelles que nous ne pourrons probablement pas reproduire ailleurs. Je pense notamment à la cabane à sucre, au traîneau à chiens, au pelletage de neige, à la tarte au sucre et bien d’autres choses.

Parmi ces activités, on retrouve aussi l’expérience de vivre quatre saisons en quatre jours consécutifs. Voici un résumé de notre semaine :

– lundi : 25 degrés et soleil (été);

– mardi : pluie, grisaille et 10 degrés (automne);

– mercredi : neige, pelletage et – 2 degrés (hiver);

– jeudi : 12 degrés et soleil (printemps).

Le printemps québécois est un peu capricieux. Cette année ne fait pas exception. Les montagnes russes climatiques ainsi que la fonte des glaces mélangée à la pluie ont causé des inondations dans tout le Québec et particulièrement chez nous. Dans le centre-ville de Sherbrooke, il y avait des canards sur la rue King-Ouest : un axe principal et jeudi soir des habitants faisaient du canoë sur la rue des Grandes-fourches habituellement empruntée par les voitures. Une personne a même fait du ski nautique en pleine rue (l’art de voir le bon côté des choses):

http://tvanouvelles.ca/lcn/lebuzz/archives/2014/04/20140415-143447.html

L’est de Sherbrooke était totalement inaccessible si on venait de l’ouest, et vice-versa car la rivière qui « sépare » Sherbrooke en deux avait débordé. Les deux extrémités de la ville étaient coupées par une gigantesque étendue d’eau.

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Parmi les expériences cocasses que je citais plus haut, il y a donc aussi le ski nautique en pleine rue ! À tester ! 😉

S’en aller en élections

Salut à tous,

point trop de nouvelles ces derniers temps. Notre petite routine québécoise a continué. Nous avons le droit à un temps plutôt printanier depuis maintenant 10 jours. Les températures positives sont de retour et la neige a presque complètement fondu en ville. Nous nous sommes exclamés « oh de la pelouse ! »; « oh des vagues sur le lac »; « oh le chant des oiseaux ». Ça fait du bien au moral et aux pommettes qui redeviennent un peu plus roses.
Nous avons eu des dernières semaines fort occupées à suivre l’actualité politique en France et au Québec. Nous avions à la fois un œil sur les tweets du Monde et l’autre sur Radio-Canada. Car, s’il y a eu les municipales et le remaniement ministériel en France, les québécois ont très récemment changé de premier ministre, eux aussi suite au déclenchement d’élections provinciales un an et demi après les dernières.
Ç’a été très intéressant de suivre deux campagnes et surtout deux élections dans deux pays différents en quasi simultané.

Attention, parallèle boiteux : c’était un peu comme quand on suivait les J.O ! Nous encouragions les français ET les canadiens; autant dire qu’on n’a jamais autant été devant la télé qu’à cette période !

Au delà des avis partisans, je voulais revenir sur les principales différences entre les élections au Québec et les élections en France et les choses assez cocasses que j’ai pu observer.

– Une des principales différences est le mode de scrutin. Les québécois ont élu leurs députés en un tour seulement à la suite d’un scrutin uninominal majoritaire;
– Comme il n’y a qu’un tour, le débat électoral télévisé réunit tous les chefs de partis qui, à ma grande surprise, se montrent très disciplinés lors de l’exercice. Débat qui est organisé deux fois : une fois sur la chaîne publique et une autre fois sur la chaîne privée;
– Les québécois votent en cochant une case sur un bulletin regroupant tous les noms et non en mettant un bulletin dans une enveloppe;
– Au Québec, on peut voter une semaine avant, cela s’appelle le vote par anticipation. On n’est jamais à l’abri d’une tempête le jour du « vrai » vote. Il y avait même des bureaux de vote installés dans les universités pour que les étudiants aillent voter;
– Ici, il existe une action qui s’appelle le pointage. On appelle les électeurs pour faire un pointage et connaître qui sera sympathisant, adversaire ou indécis et on rappelle les sympathisants peu avant le vote ainsi que le jour du vote pour leur dire d’aller voter sans toutefois faire de la propagande. Ça en fait des numéros de téléphone à composer;
– Les résultats sont annoncés à partir de 20 h au compte-goutte car tous les bureaux de vote ferment à 20 h. Ce qui rend l’atmosphère encore plus électrique. Pas de grande annonce du résultat provisoire à 20 h comme dans l’hexagone;
– Pour les élections provinciales, le vote a lieu un lundi (du coup cette semaine-là j’ai été décalée d’un jour toute la semaine ayant l’habitude d’avoir des élections le dimanche);
– Il n’y a pas d’isoloir avec un grand rideau dans lequel on s’enferme, juste un petit paravent léger derrière lequel on coche le bulletin de vote;
– Il n’y a pas de panneaux réservés aux affiches électorales. Elles fleurissent donc partout sur les poteaux électriques. Elles doivent être enlevées, au plus tard, 15 jours après le scrutin;
– Le taux de participation des québécois aux élections est bien plus fort qu’en France, et pourtant c’est un lundi. Alors pas d’excuses pour nos chers compatriotes !

Il faut dire que les encouragements sont là. Une pâtisserie de Montréal offrait un beignet gratuit à ceux qui fournissaient une preuve de vote.

J’ai aussi noté quelques expressions particulières comme : « S’en aller en élections », « Partir en élections »; « Le bureau de votation » ou encore « Faire sortir le vote ».

Bon week-end les amis !