La schizophrénie québécoise

J’appelle schizophrénie québécoise les changements radicaux d’habitudes de vie entre l’hiver et l’été.

Vivre au Québec c’est avoir deux vies différentes dans une année. Une première vie où tu ne sors que de temps en temps, où tu mets du temps à t’habiller, où tu traînes un peu les pieds avant de sortir, où tu as envie de te coucher à 19 h car il fait déjà nuit depuis trois heures. C’est aussi une vie pendant laquelle la nature s’endort, les lacs gèlent et se recouvrent d’une belle couche blanche.

Puis vient le temps des feuilles dans les arbres, des bières en terrasse, des festivals et des shorts. On pourrait même parler du festival du short ! Les jeunes filles ont une propension énorme à porter le short ici. Pour tout vous dire, c’est surtout Adrien qui me l’a fait remarquer. Je ne sais pas si je dois y voir une forme de reluquage de cuisses de sa part ou bien la volonté que j’en porte plus moi-même; quoi qu’il en soit le short est toujours très à la mode ici, à l’aube de notre troisième période estivale passée à Sherbrooke.

Cette schizophrénie concerne donc tout le monde, y compris Dame Nature. Un coup le lac est gelé sur des mètres de profondeur, un mois après il fond et deux mois plus tard on s’y baigne. Cette transition est d’autant plus incroyable qu’elle est rapide.

Le premier dimanche de juin nous avons donc rejoint nos amis Yoann et Aurélie qui viennent d’acheter une maison au bord du lac Magog pour une session de paddle. Au grand dam de nos amis nous ne sommes pas tombés dans l’eau. De toute façon ça n’aurait pas été très grave puisque l’eau est déjà à 19 ou 20°C. Incroyable mais vrai !

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PS : toi non plus tu ne t’attendais pas à voir des photos de paddle dans un article intitulé de la sorte?!

Lettre à mes copains de promo

Chers copains de promo, ceux que je côtoie encore, ceux que j’ai perdus de vue, ceux dont je connais le surnom, ceux avec qui j’ai fait la fête, ceux avec qui j’ai révisé, ceux qui sont loin de moi, ceux qui sont proches, ceux qui m’ont soutenue, ceux qui ont habité avec moi, ceux qui m’ont appris les choses de la vie, ceux qui m’ont fait rire, danser, chanter et tous les autres, chers amis,

dimanche après-midi, à 14 h heure de Montréal, 20 h heure de Paris, j’ai lancé le streaming de BFM TV, j’ai organisé ma journée, mes repas, mes activités de façon à être à l’heure pour la grand messe; à savoir la soirée électorale. C’est dans mes habitudes, je les regarde toutes. Quoi qu’il arrive.

J’aime les soirées électorales. J’aime l’adrénaline des QG de campagne, les envoyés spéciaux, les coups de gueule, les baromètres, les sondages Ipsos et CSA, j’aime le décompte avant 20 h, les mines inquiètes et les cris de joie. J’ai toujours aimé ça; d’aussi loin que je me souvienne. C’est comme si j’y étais, au QG. Je trépigne d’impatience, j’ai le trémolo dans la voix, la gorge sèche, un nœud au ventre jusqu’à 20 h : heure du grand dévoilement.

Pour une première fois en 2002, le soir du 21 avril, cette adrénaline alors si bien contenue a explosé dans une déferlante de larmes et de frissons. 14 ans. J’avais juste 14 ans. Pour la première fois, j’ai eu honte et peur à la fois. Puis j’ai eu tant d’émotions que j’ai été avec ma mère jusqu’à la mairie : voir des amis, troquer l’angoisse contre un câlin, une tape sur l’épaule, un bisou tendre de gens comme moi qui avaient peur et honte. Ce soir là tout ce qu’on a souhaité, à l’ado de 14 ans que j’étais, c’était de ne plus jamais avoir à revivre ça : l’expression d’une frange massive de la population faisant le choix de l’extrémisme, du repli et de l’obscurantisme.

Mais 12 ans ont passé et dimanche, à l’heure de la grand messe, j’étais dans un autre pays que le mien. Loin de mes copains de promo. Loin de ceux qui m’avaient fait un câlin le 21 avril 2002 et aussi loin de réussir à croire ce qu’on disait à la télé.

Dimanche, les larmes candides de mes 14 ans ont été remplacées par un état de choc. L’adulte que je suis devenue, qui peut voter, n’a pas encaissé le choc comme il fallait. Pas par faiblesse, mais par refus. Je veux conserver cet état de choc et ce malaise pour ne pas oublier. On nous dit que c’est la démocratie, que les électeurs ont parlé, que c’est « comme ça ». Moi, je refuse de faire avec. Je refuse de me plier à cette démocratie intraduisible et à ce choix qui n’est pas celui de la conviction.

Dimanche dernier, à l’heure de la grand messe, j’aurais aimé les avoir à côté de moi ces copains de promo. Ceux dont le débat me rassure, ceux dont la vivacité manque à mes vendredis soirs, ceux dont l’humour me surprend chaque fois, ceux dont les convictions me font croire que l’obscurantisme et la fermeture d’esprit n’ont pas leur place dans  cette Europe qu’il nous appartient de peupler de petits êtres vivants, candides, ouverts, généreux, tolérants et optimistes.

 

 

Une amie québécoise m’a envoyé ce lien dimanche soir. A ajouter dans votre playlist : à la suite des Béruriers Noirs, Saez, Noir Désir, Philippe Katerine et Benjamin Biolay.

 

 

 

Et alors, cette cabane au Canada ?

Dimanche nous avons encore fait les touristes. Bien que notre tableau des « expériences à vivre au moins une fois dans sa vie au Québec ou au Canada » soit déjà bien rempli, il nous restait à accomplir l’ultime expérience pour tout bon français qui se respecte, j’ai nommé : le tour en chiens de traîneau !

C’est en mode 30 millions d’amis que nous avons découvert, grâce à Aurélie, française elle aussi, un petit coin de nature à l’abri de tout où on peut se promener en traîneau, manger des spécialités québécoises, faire une balade en calèche, jouer dans la neige et marcher dans les bois.

Nos attelages étaient composés de cinq chiens tous plus mignons (et poilus) les uns que les autres. J’étais à deux doigts d’en ramener un à la maison mais j’ai bien fait de les laisser dans le bois car Minouche m’a dit qu’elle n’était pas trop, trop d’accord. Aurélie a conduit le traîneau qui nous suivait. Adrien et moi étions devant, conduits par le propriétaire des chiens, en totale maîtrise de la situation.

Nous étions lestés de notre brunch dominical pris peu avant la promenade en traîneau. Aux fourneaux dans la cabane, c’est Yanick qui cuisine : crêpes, pouding chômeur, œufs, quiche, tarte aux pommes, jambon, saucisse, lard fumé, fèves, omelettes, caramel, confiture, limonade, café, fromages, fruits, tartines, crudités sont au menu de ce gargantuesque brunch. A l’intérieur de la cabane, ça sent le graillon mais qu’est-ce que c’était bon ! Pour 14 $, je n’ai jamais aussi bien mangé le dimanche matin qu’au camp du trappeur. Situé après St Élie, à 40 minutes de Sherbrooke, ce refuge aux allures de coin de paradis vaut vraiment le détour.

Les chiens sont heureux et visiblement bien nourris. Le tour de 25 minutes en traîneau nous a convaincus de revenir une prochaine fois pour tenter la balade d’une heure.

Voici un avant-goût en vidéo :

http://youtu.be/84JeiTeg_so

Puis les photos (c’est pris avec un iPhone, hein, vous nous excuserez) :

Aurélie et Yoan en pleine préparation !

Aurélie et Yoann en pleine préparation !

Il est pas trognon le petit toutou du fond qui tourne la tête ?!

Il est pas trognon le petit toutou du fond qui tourne la tête ?!

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Les ti toutous sont incroyablement bien dressés. Tu leur dis "ah" ils tournent à gauche, "dji" ils tournent à droite. S'ils se plantent, tu leur dis : "non, tout droit" et ils s'exécutent. Pas du genre à te dire "ben si, tu vois bien que c'est à gauche ?", "mais non t'es nul, je te dis que c'est tout droit, tu sais pas lire une carte ou quoi ?!"

Les ti toutous sont incroyablement bien dressés. Tu leur dis « ah » ils tournent à gauche, « dji » ils tournent à droite. S’ils se plantent, tu leur dis : « non, tout droit » et ils s’exécutent. Pas du genre à te dire « ben si, tu vois bien que c’est à gauche ? », « mais non t’es nul, je te dis que c’est tout droit, tu sais pas lire une carte ou quoi ?! »

Apprendre à s’en foutre.

Je ne vous rabâcherai pas les oreilles avec l’affaire François Hollande / Julie Gayet. Mais j’aimerais profiter de l’actualité pour rédiger ce billet sur ce que j’apprends aux côtés d’une autre culture chaque jour. J’ai la chance de venir d’un pays que j’aime infiniment, qui m’a énormément apporté et qui m’apportera encore beaucoup. Ce billet n’est en rien une critique de mon pays, simplement un regard sur ce que je peux en apprendre ou en comprendre, vu d’ailleurs.

J’ai la chance actuellement de vivre dans un autre pays ou plutôt une province (le Québec) où les relations hommes-femmes sont égales. J’entends par là, vraiment égales. Les québécoises gagnent comme les québécois, les québécoises P-D-G sont sûres d’elles-mêmes, les québécoises ne prennent plus le nom de leur mari depuis belle lurette et le mariage est, au Québec, de moins en moins répandu car ici, pas besoin de se passer la bague au doigt pour être considéré, aux yeux de tous et de la loi, comme un couple uni et officiel. (Et aussi bonjour les frais d’avocats en cas de divorce) Loin de moi l’idée de critiquer le mariage soit dit en passant.

Alors forcément, quand on évoque les love-affairs à la française, ici, ça suscite de l’incompréhension. Mais aussi et surtout, ça suscite du « ben là, on s’en sacre-tu d’avec qui il couche le président ?! » autrement dit « on s’en tape de cette affaire ». Et c’est ce que j’ai envie d’en retenir de cette histoire d’amour, de fesses, de passion, d’amourette ou que sais-je encore, entre notre président et une actrice. Il serait dans la lignée de nos Mitterrand, Sarkozy, Chirac et consorts, notre président ? Je ne sais pas. N’est-ce pas plutôt la fonction qui veut ça ? La personnalité ? L’abnégation, le sacrifice ? Les hommes politique et les hommes de pouvoir sont, avant tout, des hommes qui vivent tout à 200 000 à l’heure, qui perçoivent ce que la plupart ne perçoit pas, qui possèdent une sensibilité hors-du-commun, une énergie inhumaine et qui vivent pour leur passion : la politique; mais aussi pour leurs passions, au pluriel. Je n’excuse rien, je ne justifie rien. Je dis juste que j’aimerais qu’on arrive à s’en foutre de qui couche avec qui. J’aimerais que les cabrioles du président ne nous intéressent pas plus que la nouvelle tapisserie du voisin ou la nouvelle machine à laver Whirlpool. (Et je suis sûre qu’il y en a qui s’en foutent déjà.)

J’aimerais aussi revenir dans mon pays avec cet apprentissage de relations hommes-femmes égalitaires et sereines. J’aimerais qu’on ne me traite pas de « chienne de garde » si je décide de conserver mon nom de famille après mon mariage et qu’on ne me perçoive pas comme excentrique si ma robe de mariée est rose, rouge, noire ou bien si c’est un pantalon que je porte ce jour-là.

J’aimerais que la vie de chacun reste à sa place, et que, dans une certaine mesure, tout le monde se foute la paix.

C’est quoi qu’on cause ici ? (lesson 4 – unit 1)

Cela faisait un moment qu’on ne vous avait pas fait un petit cours de québécois alors allons-y pour de nouvelles expressions ! Vous remarquerez qu’il y a certains anglicismes, mais nous ne débattrons pas là-dessus aujourd’hui ! Peut-être dans un futur article…

– Ayoye ! = aïe, aïe, aïe !

– clavarder = chatter;

– physiothérapeute = kinésithérapeute (du moins ce qui s’en approche le plus);

– tanker son char = faire le plein d’essence;

– un blitz = un coup de collier (se dit quand on donne un gros coup de boost dans un travail par exemple ou quand on a une grande tâche à accomplir et qu’on s’y attèle longtemps et efficacement);

– l’industrie infonuagique = le cloud computing (celle-là je l’aime beaucoup);

– un pelleteux de nuages = quelqu’un qui jette de la poudre aux yeux, un rêveur, un idéaliste;

– l’Halloween = Halloween;

– dormir au gaz = manquer de vigilance;

– être dans le trouble = être dans la merde;

– être crinqué = être gonflé à bloc;

– un wrap-up = une répétition, un bilan global en prévention de faire quelque chose, se dit par exemple quand on prépare un évènement et qu’on se concerte la veille pour voir si tout est en place;

– top notch = tip top;

– avoir le motton dans la gorge = avoir la gorge nouée, serrée;

– être badlucké = ne pas avoir de chance;

– être en mosus = être énervé, en colère;

– ratoureux = rusé, sournois;

– être willing = être volontaire, être disposé à faire quelque chose;

– être game de = être cap’ de – t’es pas game = t’es pas cap’;

– tourner les coins ronds = ne pas faire attention aux détails, faire les choses à peu près;

– j’ai mon voyage = je suis exaspéré;

– partir son entreprise = lancer son entreprise;

– slacker la poulie = mettre la pédale douce.

 

C’est qui tous ces gens qui courent?

Samedi 28 septembre, avec 6 amies, nous avons participé au relais du lac Memphrémagog. Une course de 123 kms à travers le Québec et les États-Unis dont les fonds sont remis à la fondation Christian Vachon qui permet aux enfants les plus démunis d’accéder à la réussite scolaire. Plus de 217 000 $ ont été amassés par les 184 équipes participantes.

Nous étions 6 coureuses et 1 conductrice qui nous a supportées toute la journée et nous a menées de checkpoints en checkpoints. Bravo à elle ! Mes 5 coéquipières ont été formidables et ont vraiment assuré sur tout le parcours qui était loin d’être facile ! De véritables montagnes russes !

Nous avons bouclé nos 123 kms en 11 h 41 et avons passé une formidable journée sous une météo radieuse ! Beaucoup m’ont demandé pourquoi nous avions choisi les allumeuses comme nom d’équipe. A vrai dire, pas d’autres raisons que le fait que nous trouvions cela marrant et provocateur !

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Notre voiture de compét'!

Notre voiture de compét’!


Durant mon dernier bout de relais !

Durant mon dernier bout de relais !


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Toronto – jour 2

Voici les photos de notre deuxième journée à Toronto.

Nous avons commencé par une promenade dans le Discovery District, non loin de l’université. Puis nous avons découvert Chinatown : grouillante de monde, de petits marchands, de fruits exotiques, d’étalages de fruits de mer, de boutiques d’objets kitsch, etc. Une vraie ville au cœur de la ville.

Nous avons terminé notre visite par le Kensignton Market : quartier branché où bobos et hipsters se côtoient et apprécient l’ambiance et les jolies terrasses.

Nous en avons profité pour boire un coup car la chaleur était écrasante ce jour-là.

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On trouve de beaux chapeaux à Chinatown !
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De très beaux chapeaux, même !

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Petite Zoé nous attendait chez Valérie. Une véritable crème et douce comme une peluche !

Nous avons ensuite retrouvé Valérie, la marraine d’Adrien dans sa jolie maison d’un quartier situé au nord de Toronto. Nous y avons passé le reste du week-end avant de reprendre la route pour Sherbrooke. Les 300 derniers kilomètres furent vraiment longs. Passé la frontière Ontario-Québec nous avons commencé à apercevoir des orages. En consultant la météo, nous avons appris que cet orage partait d’Ottawa et se déplaçait vers la Gaspésie. Nous étions donc en plein dedans durant trois heures. Les cent derniers kilomètres se sont faits entre 50 et 70 km / h sur l’autoroute. Je n’avais jamais vu autant de pluie sur la route. Des barrages de police nous faisaient parfois prendre la bande d’arrêt d’urgence car l’autoroute était inondée. Nous avions deux personnes en covoiturage qui se sont montrées très patientes et décontractées. Et c’est sains et saufs que nous sommes rentrés. Dans ces cas là, « lentement mais sûrement » est la devise à suivre !

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Histoire de bien terminer le week-end !